Chaque année, du 1er au 30 novembre, la campagne Novembre Bleu – héritière du mouvement Movember né en Australie en 2003 – invite à ouvrir la conversation sur la santé masculine. Trois combats la structurent : le cancer de la prostate, le cancer du testicule et la santé mentale des hommes.
Les chiffres justifient cette mobilisation. Le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez l’homme en France, avec près de 59 900 nouveaux cas par an, et il constitue la deuxième cause de décès par cancer chez les hommes. Le cancer du testicule touche chaque année 2 300 à 2 700 personnes, majoritairement entre 15 et 35 ans. En matière de santé mentale, environ trois suicides sur quatre concernent des hommes.
Pour les artisans et dirigeants de TPE franciliens, ces enjeux ont une résonance particulière. La santé du dirigeant conditionne celle de l’entreprise : un chef d’entreprise absent, un compagnon indisponible, un apprenti fragilisé – ce sont des savoir-faire, des chantiers et des équipes qui s’en trouvent affectés. Pourtant, les hommes consultent moins souvent, et plus tardivement, que les femmes.
Novembre Bleu est l’occasion de reprendre la main sur ce rendez-vous manqué.
Le cancer de la prostate : un dépistage qui appelle une décision éclairée
La prostate est une petite glande située sous la vessie, qui entoure le début de l’urètre. Son cancer présente deux caractéristiques déterminantes pour la question du dépistage.
- Première caractéristique : il est fortement lié à l’âge. Il est rare avant 50 ans, et c’est autour de 70 ans que le nombre de cas est le plus élevé. Trois quarts des décès surviennent après 75 ans.
- Deuxième caractéristique : il évolue le plus souvent lentement, sur dix à quinze ans en moyenne, avant l’apparition de symptômes. Beaucoup d’hommes meurent avec un cancer de la prostate plutôt que du fait de ce cancer.
Contrairement aux cancers du sein, du col de l’utérus ou du côlon-rectum, le cancer de la prostate ne fait l’objet d’aucun programme national de dépistage organisé, ni en France ni dans aucun autre pays. Ce constat, maintenu par la Haute Autorité de santé et relayé par l’Institut national du cancer, repose sur trois raisons précises.
- Un bénéfice en matière de mortalité non démontré. Les deux plus grandes études internationales (l’étude européenne ERSPC et l’étude américaine PLCO) aboutissent à des conclusions contradictoires ; il n’est pas certain que le dépistage permette d’éviter des décès liés à ce cancer.
- Des tests insuffisamment fiables. Le dosage du PSA (antigène prostatique spécifique) dans le sang et le toucher rectal peuvent être faussement rassurants : un toucher rectal normal n’exclut pas un cancer, et environ 10 % des hommes ayant un taux de PSA faible ont néanmoins un cancer de la prostate. À l’inverse, un PSA élevé peut être lié à des causes bénignes : hypertrophie de la prostate, infection ou prostatite, voire simple effort physique récent.
- Le risque de surdiagnostic et de surtraitement. Le dépistage peut révéler des cancers à évolution très lente qui n’auraient jamais eu de conséquence du vivant de la personne, et dont le traitement n’aurait donc pas été nécessaire. Or ces traitements (chirurgie, radiothérapie) exposent à des effets indésirables réels : incontinence urinaire, troubles de l’érection, atteintes intestinales.
L’absence de dépistage organisé ne signifie pas qu’il faille renoncer à toute démarche de détection précoce. Elle signifie que la décision doit être individuelle, réfléchie et éclairée.
Si vous envisagez un dosage du PSA ou si votre médecin vous le propose, la règle est la suivante : exiger une information complète sur les avantages et les inconvénients de l’examen et de ses conséquences possibles, avant de décider ensemble. C’est ce que l’on nomme la décision partagée. Votre médecin traitant est la personne la mieux placée pour vous accompagner dans cette réflexion, au regard de votre âge, de vos antécédents, de vos facteurs de risque et de votre espérance de vie.
Qui est concerné, et à partir de quel âge ?
Les recommandations des sociétés savantes d’urologie (Association française d’urologie, actualisation 2024-2026) proposent une détection précoce ciblée, réservée aux hommes dont l’espérance de vie est estimée d’au moins dix à quinze ans :
- à partir de 50 ans, pour l’ensemble des hommes ;
- à partir de 45 ans, en cas d’antécédent familial de cancer de la prostate chez un parent au premier degré (père, frère, fils) ou en cas d’origine africaine ou antillaise, qui expose à un risque accru, y compris de formes agressives ;
- à partir de 40 ans, en cas de mutation génétique connue dans la famille, notamment BRCA2.
En pratique, la démarche repose sur deux examens simples, réalisables en ville : un dosage du PSA par prise de sang et un toucher rectal, examen inconfortable mais indolore, qui permet au médecin d’apprécier le volume et la consistance de la glande. Un toucher rectal suspect justifie des investigations complémentaires même si le PSA est normal.
Selon les résultats, le médecin adapte la suite du parcours : en cas de PSA bas chez un homme jeune, un contrôle espacé dans le temps peut suffire ; en cas d’anomalie, une IRM multiparamétrique est demandée avant d’envisager des biopsies ciblées. Ce parcours actuel limite les examens inutiles et améliore la précision du diagnostic.
Le cancer du testicule : l’autopalpation, un geste simple qui sauve
Un cancer de l’homme jeune
Le cancer du testicule est plus rare que le cancer de la prostate, mais il touche une population bien particulière : les hommes de 15 à 35 ans. Il s’agit de la première tumeur solide de l’homme jeune. Dans nos métiers, cela concerne directement les apprentis, les jeunes compagnons et les premiers embauchés de nos entreprises.
Le pronostic est excellent : la maladie est guérie dans plus de 95 % des cas lorsqu’elle est prise en charge tôt. À l’inverse, environ la moitié des cancers du testicule sont encore diagnostiqués à un stade métastatique, ce qui alourdit les traitements.
Comment réaliser l’autopalpation
Il n’existe pas de dépistage organisé du cancer du testicule : la vigilance individuelle est le meilleur outil de détection précoce. L’autopalpation se pratique une fois par mois, de préférence à la sortie d’une douche ou d’un bain chaud, la chaleur relâchant la peau du scrotum et facilitant la palpation.
- Placez-vous devant un miroir et examinez chaque testicule l’un après l’autre.
- Faites rouler délicatement le testicule entre le pouce et les quatre autres doigts, les doigts placés sous la glande et le pouce au-dessus.
- Appréciez le volume et la consistance : il est normal qu’un testicule soit légèrement plus grand ou plus bas que l’autre, et l’épididyme – petite formation allongée sur le dessus du testicule – est une structure normale qu’il ne faut pas confondre avec une anomalie.
- Répétez le geste sur l’autre testicule.
Les signes qui doivent conduire à consulter
- une masse ou une grosseur dure, souvent indolore, qui n’existait pas lors des palpations précédentes ;
- une augmentation du volume d’un testicule ;
- une sensation de lourdeur ou de gêne persistante dans une bourse ;
- un gonflement ou un changement de taille apparent ;
- des douleurs dans le dos ou sur le flanc.
Devant l’une de ces anomalies, la consultation médicale doit être rapide, sans attendre. Le médecin peut prescrire une échographie testiculaire et un dosage de marqueurs sanguins pour préciser le diagnostic. Consulter tôt, c’est se donner les meilleures chances d’un traitement léger et curatif.
Compagnons, formateurs, dirigeants : transmettez ce réflexe de prévention aux jeunes générations de nos métiers. Un geste de deux minutes par mois peut épargner à un jeune salarié des années de traitements lourds.
Ne pas oublier les autres dépistages organisés
Novembre Bleu met l’accent sur les cancers masculins, mais l’occasion est idéale pour faire le point sur l’ensemble des dépistages auxquels vous êtes éligible. Plusieurs d’entre eux sont organisés par les pouvoirs publics et pris en charge à 100 %, encore faut-il en profiter.
- Le cancer colorectal : un test immunologique est proposé tous les deux ans aux hommes et aux femmes de 50 à 74 ans, à réaliser chez soi en quelques minutes. C’est le deuxième cancer le plus meurtrier en France, et pourtant la participation au dépistage reste insuffisante.
- Les autres dépistages selon votre âge, vos antécédents et vos facteurs de risque : votre médecin traitant peut établir avec vous un calendrier de prévention personnalisé.
Pour les dirigeants, un réflexe simple consiste à programmer ces rendez-vous de prévention au même moment chaque année – par exemple au mois de novembre, à l’occasion de Novembre Bleu, comme on programme l’entretien annuel de ses véhicules ou de ses équipements.
Santé mentale : la prévention commence aussi par la parole
Novembre Bleu ne se limite pas aux cancers. En France, environ trois suicides sur quatre concernent des hommes, et le taux de suicide masculin est environ trois fois supérieur à celui des femmes.
Chez les indépendants et dirigeants de TPE, la détresse psychique est souvent silencieuse : solitude des décisions, pression des délais, charge mentale permanente. Les signaux qui doivent alerter – l’entourage comme soi-même – sont le repli sur soi, une irritabilité ou une colère inhabituelles, une fatigue persistante, des troubles du sommeil, un isolement, ou une consommation accrue d’alcool ou d’autres produits.
Les ressources existent et sont accessibles :
- le 3114, numéro national de prévention du suicide : gratuit, confidentiel, disponible 24h/24 et 7j/7 ;
- le médecin traitant, première porte d’entrée, qui peut orienter vers un psychologue, un psychiatre ou un accompagnement adapté ;
- le médecin du travail, qui connaît les réalités de l’entreprise et les dispositifs de soutien ;
- les associations d’entrepreneurs et les réseaux professionnels, qui rompent l’isolement.
Demander de l’aide n’est pas un aveu de faiblesse : c’est un acte de gestion – de soi-même, de son entreprise et de ses responsabilités envers ses équipes et sa famille.
Ce que les dirigeants de TPE peuvent mettre en place dans l’entreprise
La prévention santé masculine s’inscrit pleinement dans la démarche de qualité de vie et des conditions de travail (QVCT). Quelques leviers concrets et accessibles, y compris dans de très petites structures :
- Faciliter les rendez-vous de prévention : autoriser et encourager la prise de rendez-vous médicaux sur le temps de travail ; afficher dans les locaux les repères de dépistage et les numéros utiles (3114, coordonnées du médecin du travail).
- Informer : diffuser les repères de Novembre Bleu auprès des équipes ; mettre à disposition la brochure de l’Institut national du cancer sur le dépistage du cancer de la prostate, conçue pour aider à la décision.
- Transmettre aux jeunes générations : rappeler aux apprentis et jeunes salariés le geste mensuel d’autopalpation des testicules, en lien avec les CFA et les formateurs.
- Se former : sensibiliser les encadrants au repérage des signaux de détresse psychique et à l’écoute active.
- Ouvrir la parole : intégrer régulièrement un temps d’échange sur la santé et les conditions de travail lors des points d’équipe.
Novembre Bleu en Île-de-France : les rendez-vous de la région
Plusieurs événements de sensibilisation sont organisés dans la région en novembre 2026 :
- Lundi 9 novembre (après-midi) : stand d’information de l’ANAMACaP (Association nationale des malades du cancer de la prostate), hôpital Franco-Britannique, Levallois-Perret.
- Jeudi 19 novembre, de 10h à 16h : journée d’information et d’échanges sur les maladies urologiques organisée par l’Association française d’urologie, Hôtel Hyatt Paris Étoile (salle Regency), Paris 17e, sur inscription.
- Dimanche 22 novembre : Novemb’Run, la course solidaire de l’Association française d’urologie au bénéfice de la recherche sur les maladies urologiques, à Paris, ouverte à toutes et à tous sur inscription.
Autant d’occasions d’aller chercher l’information là où elle se donne, pour soi ou pour ses proches.
Le dépistage n’est pas un luxe ni une inquiétude superflue : c’est une démarche raisonnée, que l’on construit avec son médecin à partir d’une information fiable. Ni relais automatique des campagnes d’inquiétude, ni démission devant le silence, la bonne posture est celle du dirigeant que vous êtes déjà dans vos activités professionnelles : s’informer, décider en connaissance de cause, planifier, suivre.
Ce mois de novembre, la CNAMS Île-de-France et ses fédérations professionnelles invitent l’ensemble des artisans et dirigeants de la région à prendre trois rendez-vous : celui de la réflexion sur le suivi prostatique avec le médecin traitant, celui de la transmission du geste d’autopalpation aux jeunes générations, et celui de la parole sur la santé mentale.
La pérennité de nos entreprises repose d’abord sur celles et ceux qui les font vivre. Prendre soin de soi, c’est prendre soin de son entreprise, de ses équipes et de son savoir-faire.
Sources et ressources
- https://www.cancer.fr/toute-l-information-sur-les-cancers/se-faire-depister/les-depistages/depistage-du-cancer-de-la-prostate
- Dépistage du cancer de la prostate chez les populations d’hommes présentant des facteurs de risque
- ameli.fr (Assurance Maladie) : Dépistage du cancer de la prostate ; le cancer du testicule.
- Fondation ARC pour la recherche sur le cancer : Novembre Bleu, mois de sensibilisation aux cancers masculins ; le diagnostic du cancer du testicule.
- https://www.cancer.fr/professionnels-de-sante/statistiques-et-chiffres-sur-les-cancers/epidemiologie-des-cancers/donnees-globales.
- ANAMACaP : événements Novembre Bleu 2026 en Île-de-France.
- Numéro national de prévention du suicide : 3114 (gratuit, 24h/24, 7j/7).

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